Poser ses limites pendant sa thèse : ce n’est pas être moins investie, c’est prendre soin de soi et de son doctorat 💛
Il y a cette demande supplémentaire à laquelle tu réponds oui, alors que ton agenda déborde déjà.
Ce rendez-vous fixé au dernier moment, que tu acceptes malgré la fatigue.
Cette tâche qui ne fait pas vraiment partie de ta thèse, mais que tu prends quand même parce que tu ne veux pas décevoir (ta direction, les collègues, etc.).
Ce courriel auquel tu réponds le soir ou le week-end, parce que tu as peur qu’on pense que tu n’es pas assez investi.e.
Et puis, petit à petit, quelque chose s’accumule :
– de la fatigue.
– de l’agacement.
– une impression de ne plus avoir de place pour ta thèse.
Parfois même du ressentiment envers les autres. Ne voient-ils.elles que tu es déjà à bout ?! (Spoiler : pas toujours car justement on leur donne des infos contradictoires 🙃).
Ces situations sont courantes. La posture de doctorant.e complexifie le fait de dire les choses (on se sent à une place fragile). Alors oui, le sujet des limites mérite une place dans ton parcours de doctorante, et c’est ce que nous allons aborder ensemble 👇
Poser une limite, ce n’est ni pas rejeter ni agresser l'autre
Quand on pense à « poser ses limites », on imagine parfois un non sec, une confrontation, une tension dans la relation.
Mais une limite peut être beaucoup plus « smooth » que cela. C’est rendre visible ce qui est possible pour toi, ce qui ne l’est pas, et ce dont tu as besoin pour pouvoir avancer dans de bonnes conditions.
Poser une limite, cela peut vouloir dire :
- préciser que tu ne peux pas prendre une nouvelle mission ce mois-ci ;
- demander à recevoir les retours sur ton travail dans un délai plus clair ;
- expliquer que tu réponds à tes mails sous tel délai (qui te convient) ;
- demander que les attentes liées à ton doctorat soient davantage explicitées ;
- refuser une sollicitation qui t’éloigne trop de tes priorités (une orga de colloque, une coanimation de séminaire, etc.).
Une limite n’est pas une attaque. Elle n’est pas non plus une preuve d’égoïsme.
Elle est une manière de prendre soin de ton énergie, de ton travail et aussi de la relation avec les personnes qui t’entourent.
Car lorsque rien n’est dit, les malentendus prennent souvent toute la place (et ça crée de la frustration, du ressentiment, de la culpabilité … rien d’agréable).
Pourquoi est-ce si difficile en doctorat ?
Poser ses limites est déjà difficile dans beaucoup de contextes. Mais pendant une thèse, cela peut être encore plus délicat.
Le doctorat est souvent traversé par des rapports de pouvoir : avec la direction de thèse, le laboratoire, l’institution, les personnes qui évaluent ton travail ou dont tu attends une recommandation.
Il y a aussi la peur de ne pas être à la hauteur.
La peur de donner l’impression de ne pas être motivée.
La peur de rater une opportunité.
La peur d’être jugée comme compliqué.e, peu disponible ou pas assez reconnaissante (celle-là elle est insidieuse et malheureusement très commune).
Alors, tu peux avoir tendance à dire oui avant même de te demander si tu en as réellement envie ou si tu en as la capacité.
Et pourtant, être doctorant.e ne signifie pas être disponible en permanence.
Tu n’as pas à prouver ta valeur en t’épuisant.
Les signes que tes limites ont peut-être besoin d’être réajustées
Il n’y a pas toujours un grand signal d’alarme. Souvent, ce sont des signaux qui se répètent et qui t’indiquent que quelque chose ne te convient plus.
Par exemple :
- tu ressens une boule au ventre quand tu vois certains mails arriver ;
- tu dis oui, puis tu regrettes immédiatement ;
- tu repousses régulièrement le travail important pour ta thèse afin de répondre aux urgences des autres ;
- tu te sens irrité.e ou en colère, mais tu n’oses pas exprimer ce qui ne te convient pas ;
- tu as l’impression de devoir toujours justifier ton besoin de repos ;
- tu travailles au-delà de ce qui est soutenable pour toi ;
- tu n’arrives plus à distinguer ce qui relève de ta responsabilité et ce qui appartient aux autres.
Ces signaux ne veulent pas dire que tu fais mal les choses.
Ils sont des indices précieux si (et seulement si) tu les écoutes car au fond, ils t’invitent à écouter tes besoins. Cette écoute ne se fait pas du jour au lendemain, c’est un muscle à muscler.
Psttt : pour l’entraînement, je te partage une question utile, puissante et importante pour pratiquer l’écoute de toi et de ton corps « de quoi ai-je besoin ? »
Une limite saine n’est ni floue, ni rigide
Quand une situation nous pèse, il arrive que nous oscillions entre deux extrêmes.
D’un côté, la limite floue : tu ne dis rien, tu t’adaptes, tu encaisses, tu attends que l’autre comprenne. Mais l’autre ne peut pas toujours deviner ce dont tu as besoin.
De l’autre, la limite très rigide : parce que tu es épuisé.e, tu peux avoir envie de tout couper d’un coup, de ne plus répondre, de t’isoler ou de refuser toute discussion.
Entre les deux, il existe une autre voie : une limite claire, ferme quand c’est nécessaire, et respectueuse.
Voici quelques exemples :
Au lieu de dire :
🔍« J’ai beaucoup trop de choses à faire en ce moment. »
Tu pourrais dire :
👍« Je ne peux pas prendre cette tâche supplémentaire cette semaine. J’ai besoin de préserver du temps pour avancer sur mon chapitre. Est-ce qu’on peut envisager une autre échéance ou voir si quelqu’un d’autre peut s’en charger ? »
Au lieu de dire :
🔍« J’ai besoin que vous me répondiez plus vite sur mes chapitres. »
Tu pourrais dire :
👍« Pour pouvoir avancer sereinement sur la suite de ma thèse, j’aurais besoin d’avoir un délai indicatif pour vos retours sur ce chapitre. Cela m’aiderait à mieux organiser mon travail et à savoir sur quoi me concentrer en attendant. »
Il ne s’agit pas de trouver une formulation parfaite. Il s’agit de rendre ton besoin compréhensible.
Avant de poser une limite, commence par t’écouter
Avant de savoir quoi dire à l’autre, il est utile de revenir à toi.
je te propose de te prendre une situation vécue récemment et de te poser ces quelques questions (garde ces questions au chaud pour d’autres situations) :
- Qu’est-ce qui me pèse vraiment dans cette situation ?
- Qu’est-ce que je ressens lorsque cette limite est dépassée ?
- De quoi aurais-je besoin pour me sentir plus sereine ?
- Qu’est-ce qui est non négociable pour moi en ce moment ?
- Où puis-je être souple, et où ai-je besoin d’être ferme ?
- Qu’est-ce que je crains si je pose cette limite ?
Parfois, le besoin est très concret : du temps, de la clarté, du repos, un délai réaliste, moins de sollicitations.
Parfois, il est plus profond : avoir le droit de ne pas tout porter seul.e, de ne pas être disponible tout le temps, de ne pas « sentir mériter » ta place uniquement par ta productivité.
Tu n’as pas à tout gérer seul.e
Poser ses limites est important.
Mais poser ses limites, ne résout pas tout.
Il existe des environnements de recherche dans lesquels les demandes sont floues, les attentes excessives ou les relations difficiles. Il existe aussi des situations où il peut être compliqué ou challengeant de s’exprimer directement.
Dans ces moments-là, tu n’as pas à penser et agir seul.e.
Tu peux chercher du soutien auprès d’une personne de confiance, d’un·e collègue, d’un·e représentant·e des doctorant·es, d’un service de ton établissement ou d’un accompagnement extérieur.
Parler de ce que tu vis peut t’aider à prendre du recul, à identifier ce qui est acceptable ou non, et à préparer une manière de te positionner qui te ressemble.
Une question à garder avec toi ⤵️
Pour continuer avec l’entraînement, cette semaine tu pourrais te demander :
👉 Quelle limite ai-je besoin de poser, de rappeler ou de réajuster pour prendre soin de moi et de ma thèse ?
Il ne s’agit pas forcément de faire une grande annonce. Cela peut commencer par une phrase :
- Un délai demandé.
- Un rendez-vous déplacé.
- Un mail envoyé plus tard.
- Une demande de clarification.
- Ou un non, même inconfortable.
Poser une limite ne fait pas de toi un.e doctorant.e moins engagé.e.
Cela peut, au contraire, t’aider à construire une thèse plus soutenable, plus alignée avec tes besoins, et plus respectueuse de la personne que tu es 🙌
Tu as du mal à identifier tes limites, à les exprimer ou à trouver les mots dans une situation délicate pendant ta thèse ? C’est un sujet que nous pouvons travailler ensemble en accompagnement individuel.



